Les salons du Ritz avaient retrouvé en ce mois de janvier une belle effervescence. L’ affluence composée de tous les âges ne venait pas en hommage à un éventuel nouveau biopic consacré à Gabrielle Chanel, même si le sujet de la présentation allait évoquer le tweed et la veste tailleur, mais pour découvrir la dernière collection Weill, qui s’intitulait « Nouvelle vague ».
Il faut reconnaitre que la performance de la marque Weill réside à la fois dans l’évolution de son style et la persistence de son histoire. Croiser de nos jours une marque née en 1892 est assez exceptionnel à l’heure ou les tribunaux de commerce montrent,hélas , un beau palmarés de marques textiles qui ont trébuché sur la conjoncture la plus récente. Cette performance, Weill la doit à sa capacité à capter les attentes de ses clientes depuis plus de 130 ans et à faire face aux boulerversements de l’histoire de la mode.


Nouvelle vague, la collection A/H 2026
La marque ayant démarré rue d’Aboukir au 19 siècle, puis passée par Montmartre, pour se retrouver aujourd’hui dans le quartier de l’étoile, sans avoir omis d’aller découvrir ce qui se faisait aux Etats Unis, a pu ainsi voir de sa fenêtre, l’évolution des moeurs et des attentes de sa cible féminine, comprendre l’évolution du monde du Prêt à Porter, s’ouvrir à l’international, au gré des générations qui ont dirigé l’entreprise. Le vaste balcon ouvert sur tout Paris, l’Arc de Triomphe pour proche voisin, permet à la marque d’embrasser la capitale et la mode avec désormais Elie Weill à sa direction.
Il est le représentant de la 5 ème génération et a repris le flambeau en 2023, avec la lourde tache de continuer à faire vivre l’ADN de la marque face aux nouvelles générations.
Aujourd’hui, la collection « Nouvelle Vague » réinvente le vestiaire féminin avec une touche moderne et pose un regard frais sur ce vestiaire féminin et moderne inspiré du Paris rêvé des années 1960 et 1970. Une liberté d’allure doublée de beaux vêtements, durables et désirables qui créent une attitude authentique.
Au coeur de la saison, la veste en tweed, pièce iconique de Weill depuis les années 1950, témoigne du savoir-faire de la maison : matières texturées, ourlets renforcés de chaînes pour l’aplomb, épaules étroites juste ce qu’il faut, lignes nettes. Un classique du dressing français à décaler avec un pantalon en cuir ou un jean pour embrasser toute sa modernité.
Dans un esprit masculin/féminin très Nouvelle Vague, les tailleurs parfaitement coupés et les manteaux sublimes croisent des pantalons à pont et des tee-shirts brodés, des jeans allurés et des blouses oversized, des trenchs en denim à la Jean Seberg, des chemises d’homme en popeline et des robes de cocktail au glamour espiègle.
La palette de brun et de beige esquisse un luxe féminin, quand les pastels fidèles à la tradition Weill campent une élégance désinvolte et légère.
Cette saison, la marque dévoile également une capsule de manteaux « W » en drap de laine imaginée comme un manifeste de savoir-faire. Justesse des volumes et exigence du détail, ces pièces inspirées par les archives de la maison affirment une allure forte et contemporaine.
- La veste en tweed, pièce iconique, est au cœur de la collection, mettant en avant le savoir-faire de la maison.
- Les tailleurs, manteaux, et pièces ludiques sont conçus avec des matières de haute qualité, principalement sourcées en France et en Italie, et une confection réalisée en Europe (Italie, Pologne et Portugal).
- La palette de couleurs inclut des tons de brun, beige et pastels, créant une élégance désinvolte.
- La capsule de manteaux « W » met en avant des volumes justes et un souci du détail.








5 ème génération; la force et le poids d’un héritage
Weill, c’est l’histoire extraordinaire d’une maison française fondée en 1892 par Albert Weill, et dirigée aujourd’hui par son arrière-arrière-petit-fils. Durant plus d’un siècle, chaque génération Weill a transmis la passion d’un métier et façonné le vestiaire de la Parisienne.
Weill, c’est une success-story à la française, qui commence dans un atelier de quartier de « confections pour dames » avant de devenir la manufacture prospère Albert Weill Jeunes et Fils. En 1950, Jean-Claude Weill, petit-fils du fondateur, découvre aux États-Unis le concept novateur de « ready-to-wear », encore inexistant en France. De retour à Paris, cet entrepreneur visionnaire crée Weill l’une des premières marques de prêt-à-porter, et en confie l’image à Publicis, qui invente le logo Calèche et le slogan iconique « Madame, un vêtement Weill vous va ».
La marque possède un historique très riche et un ADN avec une vraie personnalité, symbolisé par les descendants encore à la tête de l’entreprise aujourd’hui. Cet atout, qui doit être utilisé avec subtilité, lui permet de présenter à sa cible féminine, en France et à l’international, une véritable histoire de la mode française et permet de montrer aux consommatrices qu’il existe des marques dont l’achat à un vrai sens, lorsque cette marque a un tel vécu et et une telle maitrise de la chaine de production.

Capter l’air du temps, coté design et business
Weill qui a connu une époque ou la femme n’avait pas le droit de vote et que les moins de 20 ans ne peuvent heureusement, pas connaitre, a, grâce à sa longue expérience, une vraie expérience de la chaine de production. La marque a fabriqué dans les années 50, des lignes de produits pour des grands magasins comme Le Bon Marché et La Samaritaine, grâce à cette expérience. Celle-çi lui permet, aujourd’hui, de proposer pour sa marque, des prix haut de gamme, mais à des tarifs plus accessibles que le luxe ou les labels qui surfent sur les tendances, tout en proposant une qualité premium. Le vestiaire de Weill a l’atout de pouvoir durer dans le temps, se mixer avec des vêtements plus décontractés et se retrouver dans les pages tendances grâce à sa capacité à trouver les talents qui captent l’air du temps et les aspirations du futur.
- La marque résolument développé ses ventes en lignes, qui ont augmenté de 80 % en 2024, après une hausse de 50 % l’année précédente.
- Elle fait appel à des designers extérieurs pour concevoir des collections capsules, lui permettant de tester des approches différentes et de toucher de nouveaux segments de clientèle.
- La marque a travaillé sur un nouveau concept de boutique qui est visible notamment dans la boutique installée à Saint-Germain-des-Prés, alliant luxe et modernité. Une boutique aux airs de maison de couture: la façade et ses moulures haussmaniennes, d’un blanc immaculé se repèrent de loin. A l’intérieur, sur deux étages, entre esprit show room et charme d’un hôtel particulier, entre bois blond et notes de cuivre, règne le luxe le plus intemporel. Un cadre sur mesure pour une french touch renouvelée.
- La marque s’est bien sur penchée sur le marché de la seconde main et a décidé avec un partenaire, Paradigme, de s’en s’occuper de manière active. Cela lui permet d’apporter un nouveau service à sa clientèle, de maitriser le circuit de vente tout au long de la vie de sa « veste en Tweed », avec une certaine légitimité du fait de sa connaissance des matières et sa capacité à proposer des vêtements, qui au dela du style, sont fait pour durer.

Dans le paysage textile français, Weill est une belle marque qui montre comment associer tradition et modernité, héritage et évolution. Sa longue existence montre qu’une marque peut, grâce à ses savoir-faire, passer avec succès les années et ne pas se déconnecter des jeunes générations. D’autres exemples montrent comment une marque peut mettre son patrimoine au service de l’avenir, comme par exemple, la Bourse Robert Piguet qui met à disposition des jeunes créateurs, en Suisse, les archives de cette maison de couture qui a permis l’éclosion de jeunes designers comme Christian Dior ou Hubert de Givenchy.
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