Litkovska, marque Ukrainienne à la renommée bien établie désormais est souvent présente en France, ou elle a pu trouver un nouveau point d’appui, avec celui de Kiev, pour présenter une nouvelle preuve créative de sa résilience. On avait pu la découvrir, notamment lors de son show de 2024 au sein de l’Eclaireur, point de vente à la curation pointue, tout comme lors de celui qui l’avait précédé, ou elle avait dévoilé sa mode inventive et son style qui veut établir un dialogue fort entre les nations.
En ce début d’année 2026, elle avait choisi de présenter une partie de sa nouvelle collection lors de la Paris Fashion Week de janvier, plutôt centrée sur l’homme, mais on sait que Litkovska explore les frontières du genre en réinterprétant le vestiaire masculin pour le corps féminin. La marque occupait un showrom, rue Quincampoix ou les mannequins des vitrines, habillés de toile de patronnage, montraient l’ébauche des modèles qui recèlent dans leurs réalités, une couture très approfondie. Pour la marque, le vêtement n’est pas une simple parure mais une structure qui dialogue avec celle qui le porte. On y retrouve souvent des superpositions complexes et un travail sur le volume qui mêle rigueur et poésie.

Lilia Litkovska est la quatrième génération d’une lignée de tailleur
Si on remarque à l’extérieur, comme à l’intérieur des vêtements de la marque Lilia Litkovska une excellence technique, ce n’est pas le fruit du hasard. La créatrice représente la quatrième génération d’une lignée de tailleurs. Cet héritage familial est le socle de sa légitimité : elle a grandi en observant la précision du geste et le respect du tissu. Cette filiation permet à la marque de maintenir un niveau de patronage et de construction que l’on retrouve habituellement dans la Haute Couture. Ce passage de témoin générationnel insuffle à chaque collection une profondeur historique, transformant des pièces contemporaines en futurs objets de transmission.
Une dualité nommée « (DIS)CONNECTED » inspire les collections de l’année 2026
La nouvelle collection de Lilia Litkovska « (DIS)CONNECTED », est une méditation sur l’équilibre fragile entre appartenance et détachement, visibilité et invisibilité, silence et voix. Elle s’inspire de la philosophie de l’Art Brut, des oeuvres créées en dehors du cadre de la culture « dominante ». Leur art, qui semble n’avoir aucun rapport avec l’actualité mondiale, dégage une sincérité brute qui semble souvent plus profondément connectée que ce qui nous entoure.
Cette dualité – connecté et déconnecté – a pris vie pour la présentation à la Fashion Week de Paris, où le filet de camouflage, normalement utilisé pour protéger les soldats ukrainiens, a été réinterprété en rose. Transformé en installation, il est devenu un symbole de force, de résilience et de défi. Un matériau autrefois destiné à dissimuler est devenu une déclaration : audacieuse, vulnérable et sans compromis, sensibilisant à la lutte continue pour la liberté.
Lilia Litkovska réfléchit à la vérité, à l’individualité et à l’authenticité, opposant la profondeur de la nature humaine à la rigidité de la vie quotidienne. Selon elle, la « lutte » ne se déroule pas seulement sur le champ de bataille, mais aussi en nous-mêmes, dans les décisions que nous prenons pour résister à la conformité et rester fidèles à nous-mêmes.


La collection SS’26 s’appuie sur ces idées. Les tissus légers et fluides et les ornements – dentelle, soie et broderies de créateurs – contrastent avec les accessoires sculpturaux, notamment des fleurs en bois sculptées à la main qui ont été transformées en bijoux et en tops. Fidèle aux codes de la marque, la couture est déconstruite : les vestes sont transformables, les robes peuvent être dépliées pour prendre différentes formes, les coutures restent visibles, les bords sont laissés bruts. Le denim est associé à des tissus délicats, créant des contrastes entre lourdeur et fragilité. Chaque pièce s’adapte à celui qui la porte : elle est transformable et polyvalente.
Cette approche créative inspire bien sûr les modèles qui sortiront dans le cadre de la collection FW26/27 et que l’on pouvait découvrir lors du dernier showroom à Paris. La gamme de couleurs plus sombres ne suit pas forcément les tendances des saisons et les modèles audacieux dans leurs structures, multiples et composées, suivent cette ligne architectecturale propre à la marque. Les coutures des manteaux et des vestes sont brutes, mais recèlent des subtilités de montage avec des doublures qui participent aussi à l’évolution et à la vie du vêtement.
Une des particularités de la marque est cette volonté de masquer l’étiquette dans un souci faire entrer le consommateur/ consommatrice dans le jeux et qu’il/elle puisse s’approprier encore plus le vêtement dans une optique de co-construction ou de dialogue dans lequel la marque ne cherche pas à s’imposer obligatoirement, dès lors que le vêtement est porté.



l’étiquette partagée avec le ou la consommatrice



La collection continue au fil du temps à montrer la capacité de la marque à revisiter l’esprit du tailoring avec ces silhouettes déstructurées, des vestes et des robes transformables, ainsi que du denim associé à des tissus légers qui créent des pièces qui bougent et s’adaptent à la personne qui les porte.
La production est réalisée en Ukraine, en dépit des coupures de courant, avec des tissus qui proviennent d’Italie alors que le denim inclut dans les collections, provient de deadstock. La marque a également mis au point tout une gamme d’accessoires et notamment des sacs.
La présentation à Paris a associé mode et performance : musique, poésie et installations artistiques reflétaient la résilience, la force et la quête de liberté. « (DIS)CONNECTED » est plus qu’une collection de vêtements, c’est une exploration des liens humains, de l’individualité et de la vérité intérieure, qui nous incite à rester fidèles à nous-mêmes et ouverts au monde.
En participant à la Fashion Week de Paris, Lilia Litkovska ne cherche pas seulement la reconnaissance commerciale, mais porte la voix d’une nation qui refuse de voir son identité créative s’éteindre. Elle participe, comme une autre marque ukrainienne, qui elle, vient juste de se lancer, VVide, à faire évoluer les codes du tailoring et montre que couture et créativité sont des concepts qui se moquent des frontières.