Depuis sa création en 2015, le FASHION GREEN HUB a pour but d’accélérer la transformation durable de la filière Mode et Textile avec l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur. On avait eu le plaisir de découvrir les partenaires, les idées et les initiatives de l’association notamment lors des Fashion Green Days à Lyon, à Nantes et également à Bordeaux. Ces initiatives se complètent par d’autres nombreuses actions, dont notamment ces groupes de travail, établis sur une durée pluri annuelle, qui proposent au terme de leurs phases de réflexions et d’analyses un livre blanc. En novembre 2025, deux livres blancs “Mode 2050, Futurs Souhaitables” et « Éco-vie d’une chaussure » ont été présentés. Je laisse le sujet des chaussures aux spécialistes et reste focus sur la partie textile. Tous les livres blancs sont accessibles sur une page dédiée.
Un profond travail de réflexion pour envisager l’avenir
Plus d’une centaine de personnes issues de l’écosystème FASHION GREEN HUB ont participé à ce groupe de travail entre 2023 et 2025 : écoles, experts, entreprises, partenaires institutionnels, équipes FGH. Ils ont partagé leurs expertises, leurs regards singuliers, leurs apports précieux en dans le but de donner des pistes pour une mise en mouvement concrète et opérationnelle dans les entreprises.
Ce livre blanc est destiné à “redonner de l’élan pour sortir du catastrophisme qui ferme les possibles et donner l’envie de créer demain et de le faire ensemble avec coeur et imagination” ( Propos tenus par Valérie CAILLIEZ, fondatrice de POM3, prospectiviste, experte en stratégie). Valérie CAILLIEZ est la cheville opérationnelle qui a permis de voir ce travail intense aboutir accompagnée par Marie Sherifi la directrice de l’école de mode Mod’Art et les étudiants de cette école.
(Une école que j’avais rencontré dans les années 2013 et 2015).

L’introduction à la présentation de ce travail a été faite par Caroline Maunoury , nouvelle présidente du FASHION GREEN HUB, prenant la suite de Thomas Ebélé, qui reste administrateur.


De nombreuses questions qui sont autant de pistes de réflexions
Comment va-t-on s’habiller en 2050 ? Quelles matières, quels usages ? Quels procédés de fabrication ? Que deviendront les boutiques physiques ou digitales ? Comment les entreprises vont-elles créer, fabriquer, vendre et communiquer ? Comment intégrer les enjeux durables ? Quels sont les futurs souhaités ? Quels chemins pour les faire advenir ? Quelle influence la mode aura-t-elle demain ? Quelle sera sa place dans nos sociétés ?

Les interrogations sont nombreuses face à des évolutions souvent brutales et un contexte compliqué. Rappelons nous l’apparition soudaine d’une marque de l’ultra fast fashion au 6 ème étage d’un grand magasin en plein coeur de Paris. Les représentations autour de la mode et ses modèles d’affaires sont fortement bouleversés, comme nous le rappellent régulièrement les médias, comme The Good Goods,ou la Fédération Française du Prêt à Porter, mais ces situations délicates ne sont pas inextricables, ainsi que nous le montre l’exemple du Slip Français, ce qui doit nous permettre de croire en nos capacités à faire bouger les choses.
La journée incluait une présentation de la synthèse du livre blanc, mais également des tables rondes lors desquelles des membres du FGH intervenaient et réagissaient aux hypothèses présentées.
4 scénarios imaginés
Dans le cadre de ce groupe de travail de recherche, les participants industriels, marques, organismes, consultants, écoles ont pris part à un travail collaboratif de prospective inédit permettant d’explorer et de construire les axes stratégiques sur lesquels bâtir l’avenir de d’une marque, d’une entreprise et / ou d’un service.
Le but n’est pas ici de décrire en détail les contours et profils de chaque scénario. Le travail fait mérite d’être pris dans sa globalité en téléchargeant le livre blanc, afin de bien comprendre la large palette de réflexions et d’actions qui ont été envisagée.


A l’issue de ces travaux, enrichis par les interventions de nombreux experts, 4 scenarios ont pu émerger :
- Less is the new cool,
- Clothe to me,
- Techtopia,
- My zone, my world.
LESS IS TTHE NEW COOL

Scénario 1: La prise de conscience s’effectue dans les esprits. L’achat retrouve un sens, car le consommateur est conscient de ce qu’il achète. La mode devient politique car on met en avant le coût humain et les marques doivent travailler la notion de transparence. On découvre un continent plastique qui s’échoue en Bretagne. La production revient en Europe. Les ressourceries deviennent des acteurs majeurs. Le compte carbone devient personnel. On peut personnaliser ses vêtements et on se met à faire beaucoup avec peu. La mode devient un art de vivre et ne suit plus les changements incessants des collections.
CLOTHE TO ME

Scénario 2 : Le Pack Digital prend de l’importance. Il permet même de faire des choses depuis chez soi. On passe d’une industrie mondialisée à une industrie locale et tech. Il y a une proximité avec des tiers-lieux pour pouvoir faire des pièces uniques. La tendance réparation est en hausse. La proximité des lieux permet la résilience. Le Pack Digital propose des schémas techniques et un passeport digital qui présente et explique la composition des tissus et des vêtements. Il faut soutenir une confection de proximité avec des aides à privilégier l’habillage durable, qui passe par exemple par des cours de couture. Le magasin se transforme et devient lieu d’expérience. Le consommateur passe d’un statut de consommateur passif à acteur de sa garde robe. On note même une reprise des ventes en réunion.
TECHTOPIA

Scénario 3 : Techtopia est un autre groupe fortement orienté tech. Impression 2D/3D à la demande. Tech pour faciliter le tri automatique des matières. La fabrication redevient locale et la dépendance à l’Asie diminue. De nouvelles matières apparaissent qui remplacent par exemple le coton. Chaque vêtement est identifié grâce à un passeport digital. On a des fibres circulaires, des usines 100 % industrialisées. La mode entre dans une logique de production raisonnée, avec l’aide de la blockchain qui permet de protéger la création, alors qu’en parallèle, la tech est un soutien à cette création.
MY ZONE, MY WORLD

Scénario 4 : On voit apparaitre de nouvelles fibres, issues notamment de l’agroalimentaire. La conscience avance lentement alors que le prix local des produits reste élevé. On instaure des taxes à l’import. Chaque zone géographique dans le monde doit produire et recycler ses produits. On travaille par continent et on régionalise le sourcing. La chaîne de production est optimisée. On note une diminution des boutiques, mais plus de tiers lieu et de petites communautés. On constate une baisse de l’usage des réseaux sociaux. Au sein des marques, le profil de l’éco-concepteur remplace celui du designer.
Pour voir toute la richesse des réflexions liées à ces scénarios, le bouton, ci-dessous est à votre disposition!

Plusieurs tables rondes jalonnaient cette journée de restitution
Lors de cette journée de restitution des groupes de travail “Mode 2050, Futurs Souhaitables” et « Éco-vie d’une chaussure » au Plateau Fertile Paris le 27 novembre dernier, sous l’impulsion de Valérie CAILLIEZ, et Éloïse Moigno (Cofondatrice de Sloweare) , des tables rondes ont accompagnés la présentation au cours desquelles différents intervenants sont venus compléter la richesse des réflexions présentées.
Les tables rondes liées à la restitution du sujet “Mode 2050, Futurs Souhaitables” étaient articulées autour de la présentation des scénarios par paire. D’abord le 1 et le 4 puis le 2 et 3 (conçu en fonction des axes choisis pour le mapping, voir plus haut).
Intervenants table ronde 1:
Marie Cherifi — directrice de Mod’Art International
Anne Derrien — Responsable sourcing et traçabilité chez CELINE
Marie Bouhier — Responsable RSE et R&D chez Rive Droite Paris
Caroline Maunoury — Présidente de Fashion Green Hub
Manon Morales — Responsable des projets collectifs chez Fashion Green Hub
Difficile quand on travaille dans une entreprise d’évoquer le mot de déconsommation qui est quand même considéré comme un gros mot. Il faut retravailler toute la chaine de valeur et arriver à la faire connaitre et à l’expliquer au consommateur. Le business as usual va devenir un risque et en prendre, des risques, va être de plus en plus nécessaire. Certains axes de travail semblent à activer à court terme, comme la réparation en boutique (mais quid de la formation ? ) pour maitriser la traçabilité et la circularité.
L’idée de régionalisation semble pertinente. VEJA s’est engagé sur cette piste avec par exemple une zone de production au Portugal pour vendre ses produits en Europe. Petit Bateau a mis en place également un circuit plus court entre stock et production qui permet de passer de 10 semaines de réassort à 10 jours. Ces refontes vont vers des tendances à mettre en place des micro productions, ou utiliser des solutions techniques comme EPSON le propose, qui permettent de valider le coloris sur la matière au moment de l’impression. Le numérique peut avoir un impact positif sur l’empreinte carbone surtout si on peut le pousser jusqu’au stade d’une production « on demand ».
Le travail collectif est un thème qui revient souvent quand on entend les acteurs de ce secteur, alors qu’il a l’air particulièrement fragmenté. C’est sans doute une des évolutions les plus difficile à faire.
Intervenants table ronde 2:
Delphine Vialleton — Responsable recherche et innovation chez Satab
Sophie Guittonneau — Sustainable fashion advisor chez LISAA Mode
Yves Dubief — Pdg de Tenthorey / COFREET / IFTH
Elisabeth Vilar-Bothin — Responsable marketing et commercial chez EPSON
Le représentant de l’IFTH, organisme présent à Lyon et à Roubaix a évoqué le rôle important que prend désormais l’éco-conception, la recherche du biosourcé et la volonté de durabilité des produits. Epson a parlé de ses innovations avec la possibilité d’impression en circuit fermé ou la possibilité de recycler des fibres celluloses. Une des directions à prendre est celle du recyclage en boucle fermée comme le fait la marque FabBRICK. L’usage de l’IA est obligatoirement évoquée, pas forcément sur le plan de la création, mais tout au long de la chaine de valeur. Il y a beaucoup de données qui sont captées sur les machines et il faut pouvoir mieux les utiliser. Il faut améliorer en continu le fonctionnement des machines et travailler sur une fibre idéale qui respecte la plante, les animaux et l’humain grâce à l’innovation. Un des facteurs à suivre avec attention, au delà de celui qui concerne la fameuse empreinte carbone, est la biodiversité, qu’il faut protéger. Les changements ne peuvent être envisagés que si on fait évoluer les formations et les apprentissages. Les écoles de mode sont un acteur important dans ce domaine mais aussi la formation dans le domaine de l’agroalimentaire par exemple.
Pour faire durer ses vêtement, il faut pouvoir les faire réparer et le sujet du coût de la réparation est apparut. Aujourd’hui on considère qu’un prix moyen du vêtement neuf est de 14 € alors que le prix moyen de la réparation est de 19 € d’où l’importance du bonus proposé par Refashion .
Les scénarios présentés dans ces ouvrages et lors de cette journée sont là pour nous questionner et nous interpeller. Ils ne se veulent pas prédiction d’avenir, mais plus comme des réflexions pour déclencher des idées qui nous aident à être acteur pour prendre en main notre futur. L’objectif est de donner un élan pour sortir du catastrophisme, nous inciter à explorer les nombreuses opportunités et voies possibles.

Vous pouvez découvrir aussi les autres livres blancs du FGH et compléter votre réflexion avec le rapport de Mc Kinsey qui dresse le portrait de la mode 2026, avec un fort focus IA, dans son étude : State of fashion 2026 .
Ces questions qui interrogent l’avenir de la mode ont été également des sujets qui ont émergé lors de la Circular Fashion Week de Lille, en décembre 2025 ou ont pouvait commencer à trouver des acteurs engagés montrant leurs solutions opérationnelles.
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